M6 vient de nous offrir un excellent numéro de son émission vedette, "Capital",dont un des reportages était consacré à la fraude au logement social à Paris. Un grand moment de mise à nu du "modèle social français" et de ceux qui en tirent profit, qui confirme hélas sans grande surprise bon nombre des constats que je dresse dans le chapitre "logement social" de mon livre, dont un extrait est en ligne. Dès que la vidéo du reportage sera sur le site de la chaîne, je ne saurais trop recommander à ceux qui ont raté l'émission de lui consacrer une vingtaine de minutes. En voici une courte narration.
Monsieur Denis Bolufer, préfet de son état, et ancien chef de cabinet du ministre du logement, qui était à l'été 2007 venu pérorer sur les ondes pour dénoncer l'occupation du parc social par des personnes aisées, se faisait lui même louer depuis 27 ans un logement HLM de luxe de 190m2 (comment un tel logement peut il être "social" ?) dans le VIème arrondissement, pour 6,30€/m2, soit au minimum 3 fois moins que pour un logement d'un tel standing dans ce quartier (selon M6), et plutôt 4 fois moins, si l'on tient compte de la beauté de l'immeuble, de la vue, du luxe intérieur, dévoilés par M6.
Obligé de démissionner du cabinet de Mme Boutin, parce qu'occuper un HLM avec 8600€ de revenus mensuels, cela fait désordre à ce poste, M. Bolufer explique aux enquêteurs qu'il refuse de quitter ce logement, avec une morgue qui dénote qu'à défaut d'avoir une conscience, il a un culot monumental. Il faut dire que le fait que ces revenus le classent parmi les 2% des français les mieux payés ne pèsent rien dans la balance: cela ne rend pas son occupation d'un tel logement illégale. La seule faille que la RIVP (le bailleur social de la ville de Paris) puisse trouver dans la situation de M. Bolufer, est qu'il aurait sous-loué son Hlm, ce qui est interdit par les clauses d'occupation du logement. Lui dit qu'il l'a prêté.
Peu importe, à dire vrai. Un tel niveau d'hypocrisie et d'obscénité ne peut que provoquer l'écoeurement. Deux autres préfets, qui touchent autant que notre Denis la malice, et qui n'ont a priori jamais prêté leur appartement dans le même immeuble que celui-ci, ne peuvent en aucun cas être obligés de le quitter, selon la loi actuelle. Le véritable scandale du HLM est que ces aberrations sont légales, et sans doute voulues par le législateur, le milieu politique trouvant là un excellent moyen de s'octroyer des avantages financiers considérables.
Un député UMP, qui a préféré rendre les clés de son 45m2 à 500 Euros dans le IVème arrondissement (très central, très branché, la moitié du prix sur le marché libre), a accepté de répondre aux questions de la chaîne. Il a avoué qu'il avait obtenu son logement par "Piston", et que lorsque ses revenus avaient augmenté, la mairie de Paris n'avait pas fait grand chose pour lui appliquer les surloyers prévus par la loi. La mairie Socialiste actuelle affirme que les pratiques en vigueur au cours des années RPR sont révolues, mais les enquêteurs du magazine n'ont pas eu à pousser beaucoup pour découvrir des cas suspects d'attribution "plus rapide que la normale" de logements HLM à des personnes proches... de la mairie du XIVème, arrondissement tenu par... Les socialistes. Naturellement, l'adjoint au maire du XIVème affirme que c'est un cas isolé qui s'est produit "dans son dos". On croirait entendre un émule de Richard Virenque, trompé "à l'insu de son plein gré". Pitoyable.
Au reste, la liste de noms révélés par l'enquête de capital à tenu à respecter la parité gauche droite: 3 personnalités de la majorité, dont un ancien président du conseil constitutionnel, un fils d'une ministre en exercice, et trois personnalités de gauche, deux députées PS et bien sûr le père-la-morale du parti à la rose, Jean Pierre Chevènement, déjà cité dans ces colonnes. A défaut de n'avoir point d'odeur, la pourriture n'a pas de couleur.
L'enquête confirme ce que la presse écrite avait déjà amplement révélé récemment: les cas de sous-location de logements HLM sont... Assez répandus, pour le dire de façon soft. Certains organismes avouent, en "Off", que l'occupation d'un logement sur 8 pose problème. En attendant, le délai d'attente normal pour une famille demandeuse serait de... 4 à 5 ans. Là encore, l'enquête a montré qu'il existait des familles répondant aux conditions d'attribution qui demandaient un logement depuis... 1995 ! Selon JL. Mano, adjoint au logement de Bertrand Delanoë, le taux de rotation dans le parc social est inférieur à 4% (Interview dans "le moniteur du BTP", novembre 2005).
Naturellement, tous les organismes interrogés affirment désormais lutter contre ces situations anormales, devant la caméra. Mais sachant que ces "bons locataires" riches paient en général leur loyer sans regimber, et que ces bons payeurs sont indispensables à l'équilibre financier des offices HLM, on peut douter de l'ardeur mise à lutter réellement contre le phénomène, au delà des effets d'affichage. Les rapports de la MIILOS, l'organisme public de contrôle du logement social, dénoncent régulièrement le peu d'empressement des organismes à appliquer les surloyers légaux, lesquels sont de toute façon peu dissuasifs.
En effet, ils sont votés par le conseil d'administration des offices HLM, où siègent des gestionnaires des offices HLM, qui veulent garder les "bons locataires", les élus locaux, qui veulent garder leur clientèle, et des représentants de l'administration, dont un certain nombre de collègues du désormais célèbre Denis Bolufer. On imagine mal de telles instances se battre pour l'équité républicaine avec acharnement. Et de fait, selon l'ouvrage (purement descriptif) de MM. Amzallag et Taffin, "Le logement social", le surloyer moyen est de 18% en France, alors que le surcoût dans le secteur privé oscille entre 80 et 140% !
Les problèmes évoqués par Capital n'ont rien de nouveau, et sont depuis longtemps connus de tous les décideurs politiques. Ils prennent simplement un peu plus d'ampleur avec la flambée actuelle des prix du logement privé. Leur persistance, malgré la révélation continue de scandales depuis plus de 15 ans, montre que le système est irréformable: comment voulez vous convaincre une ministre du logement de son iniquité lorsque, pour vous faire entendre de cette ministre, vous devrez passer par le filtre de plusieurs conseillers dont au moins un sera bénéficiaire du système ?
Quand un système n'est pas réformable, il faut le détruire. Il faut en finir avec le logement social, ses armées de bureaucrates, un gaspillage de ressources qui seront toujours en grande partie détournées par des gens qui pourraient vivre sans sucer la moelle du contribuable et de l'épargnant du livret A ! Privatiser totalement le parc HLM, et remplacer toutes les aides au logement par un chèque logement unique et dégressif calculé mécaniquement (sans piston, donc) par l'informatique du ministère des finances en fonction du revenu déclaré, et laisser le parc privé offrir les logements correspondant à la demande dans un contexte foncier et réglementaire fortement assoupli : telle est la seule politique réellement sociale possible dans le domaine du logement.




Il existe des HLM dans des quartiers touristiques de Paris. Je connais un exemple de locataire qui sous-loue son logement à des touristes étrangers -- au tarif de la semaine en résidence touristique, naturellement, qui est nettement plus élevé que les loyers résidentiels privés, déjà beaucoup plus élevés. Il n'est certainement pas le seul.
Malgré la crainte des sanctions toujours possibles, ces phénomènes sont inévitables avec des biens à prix subventionnés.
Prix artificiellement bas imposés par l'Etat pour un bien de consommation courante et de première nécessité = pénurie + spéculation frauduleuse. C'est valable dans les pays du Tiers-Monde pour le pain ou le riz... et en France pour le logement.
Les Cubains, qui manquent de savon, peuvent s'en faire apporter par des amis étrangers compatissants. Hélas, aucun ami étranger ne pourra nous apporter un logement dans ses bagages, aussi généreux soit-il...
Rédigé par : Robert Marchenoir | lundi 03 mars 2008 à 19:37
Bravo, 1000 fois bravo pour votre conclusion.
C'est évidemment la seule solution. Je crois que c'est ce qui se fait en GB. En plus, elle permettrait une véritable mixité sociale et éviterait le nid de corruption que constituent la construction et l'entretien des logements HLM. De là à se demander si ce n'est pas la raison pour laquelle aucun politique ne veut l'envisager...
Il est monstrueux de vouloir faire partir les locataires dès qu'ils dépassent les plafonds. Nos penseurs ne savent-ils pas ce que représente un déménagement pour une famille avec enfants, en temps, en coût, en formalités et ... en stress ?
Rédigé par : Mariana | jeudi 17 avril 2008 à 13:06