Joseph Comby, professeur d'urbanisme et spécialiste des questions immobilières, rédac'chef de la revue spécialisée "études foncières", est sans doute une des figures académiques les plus respectées dans ces domaines en France. Il ne peut en aucun cas être considéré comme libéral, compte tenu de ses nombreuses positions en faveur de la planification spatiale publique notamment. Pourtant, c'est bien lui qui a tenu dans l'éditorial du n°126 d'EF les propos suivants, auxquels je ne peux que souscrire:
"Les médias nous apprennent que depuis plusieurs années, les bénéficiaires de logements sociaux aménagés dans les immeubles du quartier des Champs-Elysées les sous-louaient à de riches touristes étrangers. (...) Le responsable de l'urbanisme de Sarcelles évoquait récemment dans une conférence de presse le grand nombre de chambres HLM sous-louées dans sa ville, à des travailleurs en situation précaire (...)
Ce n'est pas le logement qui est social mais les conditions de son financement. Parler de logement social est un abus de langage qui conduit à des erreurs d'appréciation sur ce que devrait être une politique sociale du logement. Celle ci (...) devrait d'abord viser à assurer des conditions de logement minimales à toute la population qui en est exclue. Il faudrait expliquer, sinon, comment, avec 20% de logements aidés, on pourrait loger les 80% de la population qui satisfont aux critères d'admission : a-t-on autre chose à proposer que des procédures de sélection correspondant à différents types de clientélismes ?
Ne serait il pas plus raisonnable d'utiliser tous ces crédits pour aider les ménages à se loger plutôt que d'aider les logements ? Question vieille de 30 ans mais que l'on se refuse toujours à aborder clairement."
Dans "Le logement, crise publique, remèdes privés", je réponds affirmativement à la dernière question, après avoir longuement développé les travers du dispositif HLM français, qui sont tels que toute réforme visant simplement à corriger ce système est illusoire.
Comme quoi, dès que l'on pense le social en terme de résultats et non d'intervention publique, les vieux clivages sclérosants de la pensée politique française tendent à s'effacer. Encourageant !




"80% de la population satisfont aux critères d'admission en HLM."
80% de la population? Je rêve? Je ne sais plus lire? C'est une faute de frappe?
Comment se fait-il que ce secret soit aussi soigneusement gardé? Qu'on ne lise jamais ce chiffre?
A lui seul, il suffit à démontrer de façon irréfutable l'absurdité du système français de logement social.
Non?
Rédigé par : Robert Marchenoir | mercredi 24 octobre 2007 à 15:44
Tout juste, Robert. Si ce chiffre est exact, il suffit, comme vous le dites, à démontrer l'absurdité de tout ce système !
Rédigé par : Drieu | mercredi 24 octobre 2007 à 17:19
Il y a deux seuils à prendre en considération, le seuil qui permet d'entrer dans un HLM et le seuil qui donne le droit de s'y maintenir sans Surloyer. Le second seuil est égal à 1,4 fois le premier, et c'est de ce seuil qu'il est question quand on parle de 80%.
Si on prend l'admission stricto sensu, on est légèrement en dessous de 50%, mais ça dépend aussi des situations familiales (nb d'enfants, monoparentalité, etc...)- soit dit en passant, ça démontre l'extrême platitude des courbes de revenus dans ce pays...
Donc, si tu gagnes entre 1 et 1,4 fois le seuil d'admission, tu peux rester mais tu ne peux pas retrouver un HLM (théoriquement...) si tu dois mettre fin à ton bail : pas étonnant que dans ces conditions, les locataires aisés de HLM "tapent l'incruste".
Rédigé par : Vincent | mercredi 24 octobre 2007 à 20:54
Merci pour cette précision. Le seuil (d'admission et de maintien) reste invraisemblablement élevé.
Rédigé par : Drieu | jeudi 25 octobre 2007 à 09:03